7 conseils pour créer vos personnages de roman à l’aide de fiches personnages

7 conseils pour créer vos personnages de roman à l’aide de fiches personnages

Ce qui compte le plus pour écrire un livre, ce sont les personnages. Parfois même, les lecteurs sont tellement marqués par un personnage qui les bouleverse ou les fascine, qu’ils s’en souviennent toute une vie, mais peuvent oublier un pan de l’histoire ou le titre du roman. C’est pour continuer à vivre les aventures du personnage de roman que l’on poursuit la lecture du livre. 

L’intrigue, et donc le succès du livre, est donc intimement liée au destin du personnage, ce que Bernard Werber appelle son chemin initiatique. Voilà pourquoi, parmi les meilleurs conseils pour écrire un roman, nous vous livrons dans cet article nos conseils pour créer vos fiches personnages.

Qu'est-ce qu'une fiche personnage ?

Une fiche personnage sert à détailler toutes les informations sur votre personnage : son identité, ses traits physiques, son caractère, ses relations avec les autres et son histoire. De prime abord, on peut s’imaginer que la fiche personnage va surtout se résumer à renseigner les caractéristiques physiques de son personnage, en s’attardant par exemple sur la description du visage, mais une bonne fiche personnage va bien au-delà du physique. Chaque personnage devrait avoir sa fiche détaillée, que ce soit les personnages principaux comme les personnages secondaires.

Les différents types de personnages

Dans sa masterclass écrire un thriller, Bernard Minier vous explique comment vous y prendre pour préparer vos fiches de personnages principaux et de personnages secondaires :

Vos personnages principaux doivent être aussi vivants que crédibles, mais avant tout, il faut qu'ils provoquent l’empathie. Comment ? En leur attribuant des qualités et des défauts que tout le monde peut comprendre ou partager. L’écrivain doit disparaître tel un marionnettiste pour permettre au lecteur de se mettre à la place du personnage.

Les éléments incontournables à connaître de vos personnages principaux : son physique, son présent, son passé, son comportement, sa personnalité, sa santé, son langage, son métier.

Les noms et prénoms des personnages principaux doivent faire l’objet d’une recherche bien plus poussée que les personnages secondaires.  Les noms et prénoms déploient tout un imaginaire. Différenciez bien les noms de chacun de vos personnages :

- évitez dans un même roman des noms ou des prénoms de personnages qui se ressemblent

- ne multipliez pas les noms ronflants et originaux

- vos noms de personnages sont aussi une vitrine

En effet, votre personnage “héros” doit faire avancer l’intrigue. Sa personnalité et son comportement sont des signes évocateurs permettant de suggérer des choses au lecteur sur l’intrigue, tout en limitant les descriptions trop pompeuses.

Les personnages secondaires sont là pour mettre en valeur le personnage héros, le révéler et pour enrichir l’histoire. Ils peuvent être en partie des stéréotypes, sans exagération. Harmonisez vos personnages secondaires entre eux. Ils doivent eux aussi avoir des contradictions, des tensions intérieures, qui vont servir l’histoire.

Pour éviter d’avoir trop de personnages secondaires dans votre histoire, repérez les doublons et réunissez-les en un seul. Vous pouvez réaliser ce travail une fois le roman terminé lors de la relecture.

Fiche personnage : 1ère étape de l’écriture d’un livre

Pour écrire un livre qui transporte vos lecteurs, il est important de comprendre que les personnages en sont la clé : le lecteur va se prendre pour le héros. Parce que le héros va évoluer, le lecteur va évoluer et être happé par le roman.

C’est le personnage qui fait avancer l’intrigue et non l’histoire qui fait évoluer les personnages » Bernard Werber.

Ainsi, il est primordial de dresser le portrait complet de vos personnages avant de commencer à écrire votre histoire. Grâce à des fiches personnages bien préparées et détaillées, vous aurez une mine d’informations qui vous permettra d’organiser vos idées et donner une structure à votre histoire.

Pourquoi remplir une fiche de personnage de roman ? 

Comme vous l’explique Bernard Werber dans sa masterclass écrire une histoire originale, les caractéristiques de vos personnages vont avoir des conséquences sur l'histoire. Selon lui, c’est même l’évolution du personnage, son chemin initiatique, qui va construire et guider l’intrigue de votre roman.

Plus vous aurez pris le temps de créer une fiche personnage complète pour chaque personnage, plus vous serez armé·e des ressources nécessaires pour écrire votre histoire. Elles constituent un outil indispensable pour 2 raisons :

  • Au moment de la préparation et de la récolte d’idées, créer des fiches personnages permet de réfléchir à l’ensemble de l’histoire,  aux connexions, aux personnages vraiment utiles pour faire avancer l’histoire, aux profils de chacun… Ce travail sur les caractéristiques des personnages est un véritable vivier à idées pour l’intrigue. Même si toutes les informations ne vous seront pas forcément utiles, vous pouvez vous en inspirer à la demande.
  • À l’étape de la relecture, la fiche personnage vous permet en tant qu’auteur·rice de connaître parfaitement chacun de vos personnages.

Elles vont vous aider jusqu’à la fin de votre livre, pour traquer les incohérences et vérifier que tous vos personnages secondaires sont bien utiles à l’histoire.

Bref, rédiger vos fiches personnages est une étape préalable indispensable pour écrire un roman. Les fiches personnages constituent une aide précieuse et facilement accessible tout au long de votre projet d’écriture.

Les informations de base d’une fiche personnage

Les 8 caractéristiques essentielles du personnage

Comme dans les jeux de rôle, vous devez établir un système pour chaque personnage qui doit définir :

  • son apparence physique, son nom, son sexe, son âge, ses origines
  • au moins 5 qualités et 5 défauts
  • son rapport à ses parents et ses relations avec ses proches, les inconnus, au travail, en amour, etc..
  • ses contradictions, son secret caché
  • ses talents et capacités particulier·es, ses maladies, ses tics ou éventuelle phobie
  • sa manière de penser et de percevoir le monde, dans la plus stricte intimité : informations sur les croyances et opinions du personnage sur des concepts importants comme le rapport à l’argent, le sexe, la religion, le pouvoir, la politique…et ses goûts (ce qu’il aime et n’aime pas)
  • ses ambitions, ses projets : informations sur les buts et motivations du personnage
  • son histoire : événements marquants de sa vie (qui peuvent influencer ses décisions ou son comportement), informations sur le parcours du personnage en amont, au début, pendant, à la fin et après l’histoire.

Astuces pour renforcer leur singularité :

- Les méchants sont intéressants car ils renforcent le contraste avec les gentils : plus ils sont méchants (voire destructeurs), plus les autres apparaissent comme gentils. De même les personnages flous (ni bons ni mauvais) peuvent être poussés à fond dans ce dilemme pour obtenir des effets plus puissants.

- Les gens sont tous fous mais sauvent les apparences. Les personnages doivent être bizarres, cinglés, tordus, pour être intéressants. Ils nous font ainsi penser à de vraies personnes.

- Pensez à faire des bascules : les méchants peuvent avoir leur douceur, les gentils peuvent avoir leur zone d’ombre, etc...

Exemple de fiche de personnage de roman

Vous pouvez créer des fiches personnages complètes comme celles dont vous parle Bernard Werber dans sa masterclass écrire une histoire originale : description physique, goûts, qualités et défauts, relations familiales et amicales, ambitions, pensées les plus intimes, etc…Cela vous permettra de piocher des informations dans votre fiche personnage pour les livrer avec parcimonie tout au long de votre récit.

Le souvenir que l'on garde d'un bon roman tourne principalement autour des personnages." Bernard Minier

7 conseils d’auteurs pour créer des personnages fascinants

Nous avons regroupé pour vous les meilleurs conseils des grands auteurs révélés dans nos différentes masterclasses écriture pour créer des personnages qui marquent les esprits.

1. Trouvez ses particularités physiques

Dans son apparence physique, vous allez donner vie à votre personnage et l’imaginer complètement. Pour ce faire, vous pouvez observer des personnes autour de vous, inconnues ou non, qui vont inspirer votre description physique.

Voici une liste des détails physiques de votre personnage :

  • Cheveux
  • Yeux
  • Carnation
  • Taille
  • Corpulence
  • Voix
  • Signe(s) distinctif(s)
  • Types de vêtements & accessoires
  • Allure générale, démarche

N’hésitez pas à entrer dans les détails : un grain de beauté sur l’oreille, une cicatrice, une verrue, des rides d’expression…Plus vous trouverez de singularités physiques, plus il sera convaincant. Pour aller au bout de la démarche, vous pouvez même compléter votre fiche avec une photo de votre personnage, comme le fait d’ailleurs Bernard Werber.

2. Jouez sur la complexité ou la dualité

Un personnage doit être paradoxal pour paraître crédible, car c’est le propre de la nature humaine : celui qui à l’air de faire de la morale est souvent le plus pervers, celui qui a l’air généreux peut se révéler être égoïste, celui qui à l’air d’aider est en fait celui qui trahit, etc...Pour créer des personnages fascinants, il faut qu’il ait des contradictions qui le rendent épais. Votre lecteur pourra osciller entre la fascination et la répulsion. Le personnage va être amené à faire des choix, parfois difficiles, et le lecteur doit entretenir un rapport d’amitié pour le suivre et vouloir le conseiller. Ses dilemmes doivent être similaires au dilemme du lecteur. Il suit les situations de morale et se les approprie.

Dans sa masterclass écrire un roman psychologique, Douglas Kennedy nous montre que la psychologie des personnages et ce qui est le plus important pour bâtir votre histoire.

Tout le monde est complexe, a un aspect auto-destructeur, a la capacité pour la bonté et la malveillance. Tout le monde est au milieu d’une lutte."

Lire un livre où quelqu’un a tort et l’autre a raison est ennuyeux. Personne n’est ni blanc ni noir. Il y a des nuances de gris en chacun de nous.

À l’instar de Flaubert qui construisait ses personnages en s’inspirant des pièces du jeu d'échecs, Bernard Werber revisite l’échiquier en lui donnant 3 couleurs. Sur son échiquier, chaque pion représente un personnage, mais il comporte 3 camps : les blancs (les gentils), les noirs (les méchants), les rouges (entre les deux). Illustration avec la saga Le Seigneur des anneaux : on identifie facilement les gentils avec Bilbo, les méchants avec Sauron, et il y a les flous avec Gollum. Selon que Gollum tient avec Bilbo ou Sauron, il change complètement la partie. C’est l’élément de folie qui donne la dynamique à l’histoire (le camp des pions rouges).

Créer des personnages de roman Bernard Werber

Le monde a changé et n’est plus manichéen, ce modèle aide à représenter un monde où il peut y avoir des alliances, des revirements...c’est ainsi que vous pouvez commencer à construire vos personnages et leurs relations entre eux.

Pour éviter les clichés et surprendre vos lecteurs, gardez à l’esprit qu’il n'y a pas de notion définitive de vérité sur quelqu’un. C’est un peu comme un mariage : on divorce et les certitudes tombent. Dans un divorce, chacun a sa version. Il n’y a pas une seule vérité.

Même un homme devenu un monstre était un enfant innocent, il y a longtemps.

Pensez toujours aux influences familiales et celles de l’enfance, les rapports avec les parents, la fratrie, le fait d’être enfant unique...Un personnage très arrogant est souvent pétri de doutes. 

Si quelqu’un est fâché, pourquoi ? Si quelqu’un est timide, pourquoi ? Vous devez comprendre le mécanisme psychologique derrière vos personnages.

3. Montrez les fragilités de vos personnages

Pour que le personnage ait du caractère, il faut établir une liste de défauts et de qualités mais surtout travailler ses défauts, qui sont plus intéressants (ex : gentil et courageux, mais il a un tic bizarre). Inspirez-vous des gens que vous avez rencontrés dans la vie, et exagérez-les.

Il est intéressant de montrer les failles et les fragilités du personnage. Plus vous montrerez ses blessures, les défis qu’il a relevés, plus il va être attachant, et on va pouvoir lui pardonner ses erreurs. Il y a pour cela un travail de psychanalyse du personnage à faire. 

Conseils de la masterclass écrire une histoire originale de Bernard Werber : lire Freud et les livres de psychiatrie. Une légère folie, entre paranoïa et schizophrénie, va permettre de créer des personnages intéressants à suivre.

Quand un sujet le touche trop personnellement, Bernard Werber crée un personnage qui va vivre cette émotion et un autre qui lui dit que sa perception n’est pas légitime, ce qui permet de remettre en cause cette émotion dans l’histoire. (par exemple un personnage qui n’est pas sensible à l’environnement et un autre qui défend la cause).

Il est intéressant de prendre le point de vue de ses contradicteurs, de ses adversaires, et le mettre en avant dans un personnage.

4. Entrez dans la peau de votre personnage

Parmi les qualités essentielles de l’écrivain, il y a indéniablement l’empathie. Vous devez pouvoir entrer dans la peau de vos personnages pour les rendre crédibles et puissants. Votre récit sera magnifié par votre capacité à retranscrire les pensées et les émotions avec le plus de justesse et d’authenticité.

Par exemple, l’empathie a permis à Éric-Emmanuel Schmitt d’entrer dans la peau d’une jeune fille de 15 ans pour écrire La vengeance du pardon, ou dans celle d'Hitler pour écrire La part de l’Autre, dans lequel il raconte ce qu’aurait pu être la vie du fondateur du nazisme s’il n’avait pas été recalé aux Beaux-Arts. (Pour aller plus loin, lisez notre article : comment créer un personnage monstrueux ?)

L’une des expériences les plus intéressantes vécues par Bernard Werber dans la construction d’un personnage a été dans l’écriture de son livre Le miroir de Cassandre. Pour entrer dans la peau de son personnage, il s’est demandé : “Que peut penser une adolescente autiste ?”

Il a donné au lecteur une alternance de point de vue : un chapitre où on voit ce qu’elle fait, un autre où on voit ce qu’elle pense. Il a fallu comprendre une pensée féminine, d’adolescente, d’autiste. Pour cela, il a travaillé avec des psy, leurs réactions, leurs émotions, etc….Enfin, il s’est servi de la voix de ce personnage pour faire passer des messages expliquant le syndrome de Cassandre venant de la mythologie grecque. 

5. Utilisez le dialogue

Faire parler le personnage nous dit quelque chose sur lui, en plus de simplement lui faire dire quelque chose. C’est l’irruption du personnage dans le récit, sa voix, offrant un outil magnifique pour le faire vivre. Cette parole s’organise et permet de donner une dynamique au récit.

Il y a deux formes de dialogues : 

- Ceux qui sont indispensables pour faire avancer l’intrigue. L’enjeu est de réussir à les faire parler de manière naturelle tout en réussissant à faire avancer l’intrigue.

- Ceux qui servent juste à créer une ambiance (ex : Pulp Fiction : le personnage lit la presse people en parlant de hamburger et de Madonna)

Dans sa masterclass pour écrire un livre, Éric-Emmanuel Schmitt nous livre des conseils pour écrire vos dialogues :

- Soignez ce que Proust appelait “la parlure” et respectez-là (c’est la personnalité du personnage qui est en jeu). Les accents, les rythmes, le niveau de langue, font les spécificités du personnage.

- Faites attention à ne pas faire dire au personnage des éléments qui n’ont rien à voir mais qui rendent service à vous romancier.

- On peut faire entrer un personnage dans le récit par un dialogue, sans l’avoir présenté auparavant. Cela surprend le lecteur qui veut en savoir plus sur ce nouvel intervenant.

6. Maniez les lexiques de langage de façon subtile

Le registre de langue utilisé par vos personnages est une partie importante. En effet, la manière de parler de vos personnages fait partie intégrante du processus de vraisemblance. Si vous souhaitez créer un personnage qui a 15 ans dans les années 80, vous ne le ferez pas parler comme un adulte de 40 ans. Ni même comme un ado qui vivrait dans les années 70. Par exemple, dans les livres de Marcel Pagnol, Jean De Florette ou encore Manon des Sources, l’auteur utilise un lexique de début de XXè siècle et des expressions typiques de la Provence. Cela donne des indications importantes sur l’ambiance, la région et l’époque où se déroule l’histoire, mais aussi sur l’éducation et le niveau social du personnage.

Les lexiques aideront vos dialogues à sonner vrais. Il sera donc important de vous en imprégner, ou de faire des recherches pour recueillir le vocabulaire à intégrer.

Après avoir constitué un recueil des termes à employer (si besoin vous pouvez les stocker dans votre fiche personnage), vous les intégrerez à vos dialogues ou aux pensées de votre personnage. Vous pourrez également les ajouter à la narration.

7. Ne révélez pas tout de vos personnages

Ne livrez pas vos personnages en pâture.” Éric-Emmanuel Schmitt

En tant qu’auteur·rice, vous devez tout savoir sur votre personnage, mais vous ne devez pas tout dire.

Dans sa masterclass pour écrire un livre, Éric-Emmanuel Schmitt vous conseille de ne divulguer dans votre récit que des éléments saillants.. Ne donnez les informations que lorsqu’elles sont utiles. Évitez l’exhaustivité, elle crée l’ennui.

Il y a des zones de repli, des zones d’ombres et des zones de secret.

Laissez une souplesse sur votre personnage entre le prévisible (ce que le lecteur peut attendre de lui) et l’imprévisible (créer du suspens).

La fascination et la séduction d’un être vient de ce qu’on ne sait pas tout de lui.”

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