Masterclass d’Eric-Emmanuel Schmitt : le témoignage de Juliette Tournand

Masterclass d’Eric-Emmanuel Schmitt : le témoignage de Juliette Tournand

Juliette Tournand a suivi la masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt en même temps qu’elle écrivait La fille de Sparte, aujourd’hui publiée au Passeur.

Conférencière, coach de dirigeants et de managers depuis 20 ans, enseignante à l’université de Bourgogne et à Paris-Dauphine, Juliette Tournand est aussi l’auteur de cinq essais, dont La Stratégie de la bienveillance et Sun Tsu sens dessus dessous.

Elle revient aujourd’hui avec nous sur la masterclass d’écriture et sur tout ce qu’elle lui a apporté.

“Les exercices de la masterclass d’Eric-Emmanuel Schmitt ont été des bouffées d’air frais”

The Artist Academy : Vous avez écrit La fille de Sparte en même temps que vous suiviez la masterclass d’écriture d’Eric-Emmanuel Schmitt. Pouvez-vous nous en dire plus ? Comment procédiez-vous concrètement ?

La fille de Sparte était un projet de très longue haleine. Les exercices si variés, si excitants, si amusants d’Éric-Emmanuel Schmitt ont été des bouffées d’air frais.

J’ai adoré alterner l’écriture de ces courtes nouvelles, sur lesquelles j’avais des retours si rapides (des autres participants de la masterclass, NDLR), avec celle, au long cours, d’un manuscrit entamé plusieurs… décennies auparavant.

Je les ai vécues comme des récréations pétillantes, des entraînements délicieux.

Chacun m’a mise au défi, et enchantée.

“La masterclass m’a donné confiance”

The Artist Academy : Qu’est-ce que la masterclass vous a apporté ? A-t-elle influencé votre façon d’écrire ?

Elle m’a donné confiance dans ma capacité à écrire des textes récréatifs. Mes précédents ouvrages s’adressaient à des managers et des coachs. Avec La fille de Sparte, je m’adresse au grand public, c’était nouveau. Mais étais-je capable d’avoir la plume assez récréative ?  La masterclass m’a aidée à croire que oui, je pouvais. Et, merveille, les retours de mes camarades de parcours, tous orientés roman, le confirmaient.

Un des exercices de la masterclass de Bernard Werber m’a aussi été très utile puisqu’il m’a inspiré un texte que j’ai repris dans le manuscrit.

“J’ai noué de vraies amitiés dans la masterclass d’Éric-Emmanuel Schmitt”

The Artist Academy : Qu’avez-vous particulièrement apprécié dans la masterclass ? 

Tout. Les vidéos, les exercices proposés qui m’ont tous surprise. Les textes des autres, parfois si brillants qu’ils mettaient la barre très haut. Et leurs retours. J’ai noué de vraies amitiés dans la masterclass d’Éric-Emmanuel Schmitt.

The Artist Academy : Ces échanges avec les autres participants de la masterclass vous ont-ils influencée, permis de progresser ?

Beaucoup. Ils m’ont influencée et aidée à progresser, avancer plus vite en m’encourageant. Je garde aussi un souvenir ébloui d’Arielle qui a repris un de mes textes pour le rendre plus clair et concis. Une délicieuse expérience.

La masterclass d’Eric-Emmanuel Schmitt restera un grand souvenir. Je retiens les textes qu’elle m’a fait produire, et de belles amitiés. J’ai envoyé le manuscrit de La fille de Sparte à plusieurs de mes camarades de cette masterclass, qui m’ont lue, commentée. Et m’ont été très précieux.

La fille de Sparte, par Juliette Tournand, publié au Passeur

The Artist Academy : Parlez-nous de La fille de Sparte, que vous avez écrit en même temps que la masterclass.

La fille de Sparte est une enquête sur la fille du roi de Sparte, cette Clytemnestre que les hellénistes veulent scélérate.

Qui est-elle ? C’est Eschyle, l’inventeur au théâtre du dialogue, du mouvement, de la mise en scène, du costume, du décor, qui créait son personnage dans son oeuvre testament, l’Orestie. Et qui, avec l’Orestie, sortait Athènes, en une journée de théâtre, de deux ans de crise politico-judiciaire inextricable. Une oeuvre miraculeuse, passée sous le radar du grand public.

Clytemnestre s’y avère être la mère qui a manqué à Tristane Banon, Vanessa Springora, Camille et Victor Kouchner : celle qui ose se dresser contre l’agresseur de son enfant, fût-il un cador pour l’opinion publique.

C’est elle, Clytemnestre, qui, aussi, libère sa descendance de la malédiction paternelle : quatre générations de pères criminels, dont trois furent infanticides.

C’est le premier volet de l’enquête où je raconte l’Orestie au lecteur.

Deuxième volet, comment Eschyle a-t-il réussi à apaiser la crise athénienne avec l’Orestie ?

Troisième volet, comment se fait-il que les hellénistes prennent le parti du père égorgeur de sa fille contre la mère qui, dans un temps dépourvu de tribunaux où les proches de la victime doivent assurer la justice par une vengeance mesurée au crime, accomplit ce devoir, et crée les bases du tribunal ?

Mon étude de l’Orestie révèle qu’en 458 av. J.-C, Eschyle, loin d’être misogyne comme on nous le présente, a créé des personnages féminins puissants et géniaux.

Qu’il était fou de démocratie et, fin psychologue, maniait de main de maître un festival de phénomènes que le XXe siècle a dû redécouvrir : déni du deuil, lapsus, prescription auto-réalisatrice, manipulation sentimentale, syndrome de Stockholm, triangle dramatique, changement systémique… que les hellénistes n’ont pas vus.

Enfin que les dieux grecs, à l’apogée de la démocratie, n’étaient ni cruels, ni tout-puissants, ni capricieux. Mais coopéraient entre eux pour aider les mortels de bonne foi qui faisaient appel à eux.

Pour en savoir plus :