Devenir écrivain : interview de Ruby Namdar

Devenir écrivain : interview de Ruby Namdar

The Artist Academy vous l’avait promis, vous allez vous inspirer des meilleurs !

En intégrant nos masterclasses d’écriture dirigées par Bernard Werber ou Éric-Emmanuel Schmitt, vous intégrez une communauté d’écrivains qui vous permet d’échanger sur vos apprentissages, vos difficultés, vos émotions et vos coups de cœur…Bref, sur votre passion !

Nous avons rencontré pour vous l’écrivain Ruby Namdar lors de sa venue exceptionnelle en France en septembre dernier.

Auteur du roman « La maison de ruines », ce romancier israélien a été récompensé par le prestigieux prix Saper dans son pays (l’équivalent de notre Goncourt).

Écrivain érudit, hédoniste fourmillant d’humour, de mystère et de perspicacité, il revisite dans son dernier livre le thème du 11 septembre 2001 sous l’angle des résonances et du parallélisme.

Découvrez cette personnalité singulière partager son expérience sur son travail d’écrivain dans cette interview réalisée par Marjorie Leblanc, co-fondatrice de The Artist Academy.

D’où vous vient votre envie d’écrire ?

J’ai su dès mon plus jeune âge que j’avais envie d’écrire. Je partageais cette envie avec un ami. Lui et moi lisions tout le temps. Pas des livres pour enfants, mais des lectures pour adultes.

Je savais que je voulais faire partie de cet univers, pas seulement en tant que simple lecteur, mais pour prendre part à cette création, écrire.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, nous en avons parlé lui et moi, et avons pris la décision quand nous étions à l’école primaire que nous allions devenir chacun des écrivains.

Pour moi, c’est comme si j’avais été choisi pour faire ça, je ne l’ai pas vécu comme une décision de ma part. Je le savais depuis longtemps.

Je sais que ça peut paraître grandiloquent mais je l’ai senti depuis mon enfance, et il s’avère que mon ami et moi sommes tous 2 écrivains aujourd’hui.

Quand avez-vous commencé à écrire ?

Ce qui est amusant c’est que ça m’a pris beaucoup de temps avant d’écrire un livre. J’avais 36 ans quand j’ai publié mon 1er roman ! Parce que je suis un grand perfectionniste et j’ai beaucoup de conflits intérieurs.

A 36 ans, je sentais que je pouvais produire quelquechose dont j’étais suffisamment fier pour qu’il soit publié.

Heureusement il a été bien reçu.

Aussi, comme j’écris lentement, avec beaucoup d’attention et de précision, l’écriture me prend beaucoup de temps.

J’ai mis 10 ans à écrire ce dernier roman. Ça représente beaucoup de travail, en passant par différentes phases : euphorie, dépression et difficultés, avec toujours un engagement fort. Heureusement, c’est un succès, ce qui fait que ça en vaut la peine.

Pouvez-vous nous décrire votre quotidien d’écrivain ?

J’essaie de me tenir à une routine de travail.

Pour mon 1er livre, j’avais l’habitude de travailler tard le soir. Le soir était propice car personne ne pouvait me déranger, j’étais célibataire, je n’avais pas d’enfants.

J’avais un travail nocturne.

Avec le mariage et les enfants, ça a changé. Je suis un père très impliqué, tout mon monde a changé.

Je travaille désormais le matin, c’est un travail très différent. L’état d’esprit du matin et celui de la nuit sont très différents. La nuit, j’étais plus dans l’extase, le matin c’est une écriture réfléchie.

J’essaie chaque matin de prendre un café et me mettre au travail. Parfois, je m’installe dans une librairie, mais je n’aime pas trop les librairies car c’est trop calme. J’essaye de travailler dans un café, ou à mon bureau.

Je passe toute la matinée à écrire.

Pendant les 10 années que j’ai passé à écrire ce livre, je n’étais pas fainéant pendant mes heures de travail. Je ne faisais rien d’autre qu’essayer d’écrire. Il y a eu des moments où mon écriture était vraiment facile et fluide. Et il y a eu d’autres moments où je ne pouvais pas écrire un mot. Pendant des mois, je m’efforçais à la même discipline, et pas un mot ne sortait. Je savais ce que j’avais à faire, je ne pouvais simplement pas écrire un mot.

Comment expliquez-vous vos pannes d’écriture ?

J’adore cuisiner, et utiliser des métaphores de cuisine. J’écris d’ailleurs sur la cuisine.

Vous voyez, certains plats ont besoin de temps. Il n’y a pas de raccourci. Pour les préparer comme il se doit, il faut du temps.

Parfois, votre esprit a besoin de temps pour germer, pour travailler sur une idée.

Si vous travaillez sérieusement, vous travaillez une partie plus profonde de votre esprit.

Et apparemment, mon esprit n’était pas disposé à se dépêcher.

Pensez-vous qu’il faut toujours savoir comment vous allez finir un livre ?

Je suis le genre d’écrivain qui sait précisément comment ça va finir. Je planifie énormément.

J’ai une idée, elle est entière, achevée. J’écris habituellement le 1er paragraphe et le dernier paragraphe, pour verrouiller l’idée.

Je sais aussi la musicalité que je veux donner à mon texte. C’est comme en musique, les voix qui racontent l’histoire, le nombre de virgule dans une phrase, le ton employé.

Mon livre m’a beaucoup coûté, car le ton est très engageant, très lourd de sens, demandant une certaine expertise.  Certains auteurs sont plus légers ou amusants mais pas moi. Je suis plutôt du genre tragique.

Ce livre a un ton très sévère. Il demande un fort engagement et une attention totale.

Parfois, c’était difficile de conserver ce niveau d’écriture tout le temps. Peut-être qu’inconsciemment, mon esprit repoussait parfois ces efforts.

Je suis allé faire une psychanalyse, allongé sur le divan, en essayant de comprendre un docteur de type freudien (rires), maintenant ça semble très amusant, mais c’était un grand voyage intérieur. On pourrait écrire un autre livre sur mon voyage introspectif pour écrire ce livre !

Consacrez-vous tout votre temps à écrire ?

Non, j’enseigne et je donne des conférences.

J’ai ma famille, je ne suis pas le genre d’écrivain qui travaille nuit et jour à écrire en restant enfermé dans son bureau.

J’ai 2 filles et je suis très impliqué dans leur vie. Je suis proche et aimant pour ma famille, cela me demande de l’énergie.

J’enseigne la littérature et spécialement la littérature juive, notamment sur la Bible et le Talmud en tant que littérature, par uniquement en tant que textes religieux.

J’ai écrit quelques articles, mais ma carrière d’écrivain a entièrement été focalisée sur ce roman pendant de nombreuses années.

Travaillez-vous sur un autre livre ?

Oui, je travaille en ce moment sur une collection d’histoires courtes.

C’est plus facile et moins prenant pour moi.

J’espère le publier en hébreu l’an prochain, pour qu’il puisse ensuite être traduit en anglais et français si tout va bien.

Juste après cette collection, je commencerai un nouveau roman, avec le même ton fort et engageant, mais un peu moins long que le précédent.

Mais à nouveau cela me demande beaucoup d’introspection, c’est peut-être la raison pour laquelle j’écris des histoire courtes actuellement, c’est ma manière de me relaxer un peu dans mon écriture.

Quels conseils pouvez-vous donner aux apprentis écrivains ?

Vous n’allez peut-être pas aimer mon 1er conseil :

Fuyez si vous le pouvez.

Faites du business, de l’art, des choses amusantes !

Écrire est difficile.

C’est un conseil que j’aime donner car les gens qui ne fuiront pas, qui persisteront dans leur écriture, seront ceux qui ont vraiment besoin d’écrire. C’est leur vie, ils ne fuiront jamais.

Alors pour ceux qui restent, j’ai un autre conseil, que les gens n’aiment pas trop non plus.

Vous devez vous donner entièrement à l’écriture.

Vous ne pouvez pas avoir un autre job, vous intéresser à ceci, vous impliquer à faire cela, et espérer être un grand écrivain.

Peut-être qu’1 ou 2 ont réussi de cette manière dans l’histoire des grands écrivains, mais pour la plupart ce n’est pas possible d’y arriver.

Mon autre conseil, c’est de lire, lire, lire tout le temps.

Si tu ne lis pas, ton écriture ne sera pas réelle.

Pour devenir un vrai écrivain, vous devez prendre des risques.

Il y a un grand risque à bien faire son boulot, et je crois que si tu ne prends pas ce risque et que tu ne t’y engages pas totalement, tu n’arriveras jamais à faire quelquechose de vraiment important.

L’écriture ne se donne pas à toi. Ce n’est pas un hobby, même avec du talent.

Il n’y pas de sécurité dans l’écriture.

Quels genres d’écrivains aimez-vous lire ?

J’aime la littérature classique, ambitieuse. Celle qui a une haute estime d’elle-même.

J’ai lu les grands maîtres de la littérature française, les russes, les allemands.

J’aime aussi le canon hébraïque, avec lequel j’ai grandi.

Je suis aussi personnellement très intéressé par la Bible qui est une pièce de littérature remarquable. La plupart du temps, les gens la voient uniquement comme un livre religieux, mais c’est le plus magnifique travail de littérature. Les gens connaissent l’Odyssée mais ne connaissent pas la Bible, qui est pourtant si merveilleuse.

 

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